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L'autrice de ce texte a retrouvé en 2021 l'identité de sa mère d'origine, laquelle appartenait à la famille Auclair. Forte de cette découverte, elle a choisi de prendre part à un concours d'écriture organisé par l'Association des Auclair d'Amérique, voyant dans ce geste, un symbole fort reconnaissant son identité retrouvée. À la suite de cette participation, elle s'est vu décerner le Prix Robert Auclair. Le texte a été publié dans l'édition d'octobre 2021 du bulletin L'Écho des Auclair. 

 

Tu as laissé sous ma peau ta véritable signature

 

Chers lecteurs, chères lectrices,

 

Sachez que ce texte de fiction est inspiré de faits vécus. Notez également que malgré les souvenirs sensibles qu’il évoque, ce récit se veut avant tout un hommage à une grande histoire d’amour, d’identité retrouvée, de fierté. La fierté d’appartenir, même sans en porter le nom, à la lignée des Auclair d’Amérique.

 

Un dimanche de décembre 1951. Quatre heures quinze de l’après-midi. Marie pousse son premier cri. Un son ténu, à peine perceptible. Épuisée, elle vient au monde après 27 heures de « travail », 27 heures de lutte pour vivre. Ce cri, tout comme les larmes silencieuses de sa maman, sera nié, étouffé derrière des portes closes. Les lourdes portes de l’hôpital de la Miséricorde. Non, personne n’a l’intention de dire un jour à Marie qu’elle est une Auclair. Un silence de plomb entourera sa naissance, une naissance sans joie.

 

Des décennies plus tard, le moment est venu pour elle de remonter le fil invisible de son histoire, une histoire semblable à celle de centaines de milliers de femmes et d’enfants ayant vécu dans l’anonymat et l’humiliation, à la suite d’une « atteinte à l’honneur de la famille ».

 

Issue d’une grande maisonnée de L’Ancienne-Lorette, mademoiselle Auclair se veut une femme de son temps. Célibataire, travaillante, elle ne ménage aucun effort pour que l’entreprise familiale prospère. De tempérament discret et enjoué, elle apprécie follement les sorties en ville, surtout les soirées dansantes.

  

De la rencontre amoureuse qui a changé le cours de son destin, de plusieurs destins, on ne sait presque rien, sinon que l’homme serait un Bilodeau de la Beauce, un brin « politicien en affaires ». Oui, leur aventure a eu des lendemains : des lendemains marqués par des mois de questionnement et d’angoisse, un ventre de plus en plus rond à cacher, un attachement de plus en plus fort à la petite vie qui s’y accrochait.

 

La future mère poursuit ses tâches le plus longtemps possible, souriant aux clients, s’éloignant parfois discrètement pour vomir, pour pleurer. On ne saura jamais si l’homme a su, s’il a voulu aider. De toute façon, sa vie semblait ailleurs puisqu’il se disait époux et père.

 

Contre vents et marées, elle tente l’impossible pour garder son enfant. La preuve? Au moment de quitter l’hôpital de la Miséricorde, en ce triste Noël de 1951, elle exige qu’on mette son bébé en « réserve », freinant à court terme toute possibilité d’adoption. Pendant cinq mois, elle réfléchit, tente des approches, fait tout pour confier l’amour de sa vie à une bonne famille de son entourage. En vain. En mai, elle se rend à l’évidence : en tant que « fille-mère », elle ne pourra jamais offrir à son enfant sécurité et confort. Elle se résigne alors, la mort dans l’âme, à donner son consentement, à la laisser partir.

 

De cette blessure, elle ne parlera jamais sinon à une sœur aînée, précieuse confidente. Elle aura sans doute pensé souvent à sa petite Marie, lors de son anniversaire, le jour de son entrée à l’école… Elle se sera inquiétée, aura prié pour elle. Aura-t-elle tenté de la retrouver? De l’entrevoir? On ne trouve de cela nulle trace. Demeurée célibataire et sans enfant, elle aura poursuivi sa route, en comblant ses neveux et nièces de son trop-plein d’amour.

 

Les passionnés d’histoire et de généalogie le savent : connaître ses origines, s’attacher à ses racines profondes répond à un besoin fondamental. Marie, bien qu’ayant été adoptée, aimée, admirée a été obsédée par cette quête sa vie durant.

 

Adolescente, elle espérait plus que tout croiser dans les rues de Québec, dans les autobus, le regard d’une passante à qui elle ressemblerait, avec qui elle ressentirait une « mystérieuse connexion ».

 

Devenue mère à son tour, ayant à son sein sa première fille, une question l’atteint en plein cœur. Elle se demande : « Qui me nourrissait, qui me consolait quand j’étais aussi petite et vulnérable? » Elle ne peut alors échapper au besoin de connaître celle qui l’avait peut-être, un bref instant, tenue dans ses bras. Elle tente l’impossible, pendant 40 ans, pour retrouver la tendresse de cette mère. Le verdict tombait chaque fois, sans appel : MÈRE INTROUVABLE.

 

Il y a trois ans, dans une ultime tentative, Marie décide de remuer ciel et terre pour s’approcher de son inaccessible étoile. Un contexte inédit facilite ses recherches : loi permettant aux personnes adoptées de connaître le nom de leur mère d’origine, tests d’ADN, généalogie… Ses efforts et ceux d’indéfectibles alliées portent fruit : elle retrace enfin l’identité de celle qui lui a donné la vie.

 Mademoiselle Auclair, cette femme courageuse qui aurait aujourd’hui plus de 100 ans, a emporté avec elle son lourd secret. Si elle avait vécu à notre époque, elle aurait vaincu ce sentiment de honte, tout comme l’a fait sa fille.

Cette année, à la fête des Mères, Marie réalise enfin son rêve le plus cher : se recueillir sur la tombe de cette mère anonyme, y déposer quelques roses blanches avec ces mots :  « Tu as laissé sous ma peau ta véritable signature. Merci maman XX. »

 

Apaisée, Marie peut maintenant trouver sa voix et affirmer avec joie qu’elle est la fière descendante de Suzanne Aubineau, veuve devenue Fille du Roy et mère des premiers Auclair d’Amérique. Le sang des Auclair coule bel et bien dans ses veines.

 

Marie-France Ferland, Québec

 

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