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Émission "Loin des yeux, Près du coeur" - 23 février 2017 Imprimer cette page

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Émission “Loin des yeux, Près du coeur” du 23 février 2017 – Mme Céline Williamson

Normay reçoit Mme Céline Williamson, mère d'origine, qui a retrouvé sa fille en 2000, nous témoigne de son histoire et de ses démarches. Très beau témoignage.

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RÉSUMÉ

Mme Céline Williamson est une mère d'origine. Elle a fait un séjour de quelques mois dans une maternité de Sherbrooke, pendant sa grossesse. Lors de son accouchement, elle s'est rendue à l'Hôpital de la Miséricorde de Montréal, où elle a donné naissance à sa fille, en 1969. Ses démarches de recherches ont débuté vers les années 1985-1987 alors que sa fille avait 16-18 ans.

En arrivant à la maternité pour filles-mères, à Sherbrooke, elle avait apporté une valise remplie de vêtements de bébés persuadée qu'elle repartirait avec le sien. Malheureusement, ce n'est pas le scénario qui s'est produit. Quelques mois après son arrivée, elle, comme la majorité des mères, avait subi un lavage de cerveau par le personnel en place à la maternité, à l'hôpital et par les travailleurs sociaux dans les Centres des services sociaux (CSS).

D'une manière insidieuse, ces gens leur faisaient croire que l'adoption était une décision libre et éclairée, de leur part, tout en prônant que l'adoption était l'unique solution, qu'il n'y avait pas de ressources existantes, qu'elles étaient trop jeunes, immatures et non adéquates pour prendre soin d'un bébé. Les mères finissaient par le croire. En fait, la décision était unilatérale et tous ces individus étaient partie prenante de ce problème de société. Ils forçaient les jeunes filles à faire adopter leur bébé, au final. Elles étaient jeunes, sans grande expérience de la vie. Dans cette pension, elles se sentaient comme dans un cocon, en sécurité, en confiance. Par conséquent, ces futures mères accordaient le pouvoir et la vérité à celles et à ceux qui s'occupaient d'elles, en se résignant à confier leurs bébés à l'adoption.

Bizarrement, d'une part, l'Église condamnait la femme mariée qui n'avait pas d'enfant et d'autre part, elle voyait aussi d'un mauvais oeil la mère célibataire qui en avait un . Le clergé dictait ce qui était bien et ce qui était mal pour le corps et pour l'esprit des femmes alors que ses membres étaient des hommes...

Étant amputées de leurs bébés, ces mères sont devenues quelqu'un d'autre pour survivre, pour traverser cette épreuve, cette souffrance innommable et pour tenter d'oublier qu'elles étaient perçues comme des pécheresses indignes qui emmenaient avec elles le déshonneur. S'en sortir leur était très difficile car se réconcilier avec ce passé, qui leur avait été imposé, faisait en sorte qu'elles étaient stigmatisées, figées dans le temps. Il était donc pénible de réaliser, beaucoup plus tard, les techniques de lavage de cerveaux utilisées sur elles. À la lecture d'articles publiés dans le National Post, en 2011, Mme Williamson s'est reconnue mais, en fait, elle le savait dans son corps que ce n'était pas sa décision, que c'était de la trahison, mais le lire validait sa pensée, sa réflexion.

Il n'était et n'est pas surprenant d'assister à des dénis quand ces mères sont contactées pour des retrouvailles éventuelles. Bien souvent, elles ont tenté d'enfouir, refouler, étouffer leurs souffrances, leur culpabilité, leur honte, cette manière d'avoir été soumises, victimes d'une époque de « grande noirceur» où des gens avaient choisi leur avenir, pour elles, et ce, en prêtant serment que jamais elles ne rechercheraient leur enfant. Elles s'étaient résignées à laisser leur enfant à l'adoption; elles ne l'abandonnaient pas. Elles confiaient plutôt leur sort à des parents qui ne pouvaient enfanter et qui seraient davantage en mesure d'en prendre soin et de l'éduquer.

On parle de la quête d'identité des personnes adoptées qui est facile à comprendre. Elles recherchent leurs origines. Cependant, les mères d'origine ont elles aussi une quête d'identité à savoir leur identité brisée, celle qu'elles n'auraient plus jamais, celle qu'elles avaient avant la naissance et lors de la séparation traumatisante d'avec leur bébé. Leur identité était totalement changée, par la suite, alors qu'elles devaient continuer de vivre comme si rien n'était arrivé. C'était la culture de la honte, du déshonneur, de l'Omerta.

Mme Williamson parle d'un travail d'introspection, de longue haleine, pour se préparer à se retrouver en tant que femme et mère afin de consolider un deuil, quand on ne possède pas la vérité, qu'il manque des morceaux du casse-tête du passé, ce qui hypothèque toute une vie! La vérité permet une ouverture pour se « déprogrammer ». Le Mouvement Retrouvailles accomplit un bon travail d'accompagnement en informant, en soutenant et en sécurisant les mères. Avant d'arriver aux retrouvailles, il est important que les mères se « pardonnent », effacent le plus possible leur culpabilité afin de faire la paix avec le passé, pour dégager une énergie positive, une belle sérénité pour accueillir l'autre, au présent.

Pour la fille de Mme Williamson, on avait émis un faux certificat de naissance. On avait dit à ses parents adoptifs que ses parents biologiques étaient décédés dans un accident et qu'elle était donc orpheline. Ils lui ont appris son statut d'adoptée vers l'âge de 4-5 ans et lui ont raconté des mensonges sur ses débuts de vie car c'était ce qu'on leur avait dit. Donc, toute sa vie, sa fille n'avait jamais pensé à faire des recherches pour ses parents d'origine compte tenu qu'on lui avait appris qu'ils étaient décédés.

En faisant un cours en études sociales, elle avait choisi de rédiger sa thèse sur les adoptions. Elle y a donc appris ce que les curés, les religieuses, les médecins, les avocats, entre autres, avaient fait en trafiquant des extraits de naissance. C'est alors qu'elle a pensé que sa mère pouvait être vivante. Ce fut tout un choc et, à la fois, l'élément déclencheur pour entamer ses recherches. Elle y a consacré trois ans, de manière intensive. Ses parents adoptifs l'ont aidée et accompagnée dans ses démarches de recherches.

Quand la travailleuse sociale du Centre jeunesse de Montréal a appelé Mme Williamson pour lui annoncer que sa fille la recherchait, elle était bien heureuse; elle voulait que ce soit elle qui la retrouve, justement. Elle ne voulait pas déranger sa vie et celle de ses parents adoptifs, par pudeur, par respect, pour ne pas s'imposer. Mme Williamson s'est donc assise tout en pensant: « Voilà, ma vie vient de changer ». C'est un appel qui ramène loin en arrière et qui génère quantité de questionnements. Une mère rêve de retrouver son enfant, toute sa vie durant, mais, il n'en demeure pas moins que c'est un choc qui remet en scène le choc initial de la naissance et de la séparation.

C'est tout un bond difficile à faire dans la machine à reculer dans le temps...
C'est important pour une mère d'origine de faire un appel au Centre jeunesse pour tenter de se libérer du passé, de s'entendre nommer son histoire, dire les mots et les sentiments étouffés dans l'oeuf depuis plusieurs décennies. C'est une manière d'exorciser la trahison du passé en reprenant le pouvoir des mains de celles et de ceux à qui il avait été donné, il y a 30, 40, 50 même 60 ans.
Mme Williamson a eu deux autres enfants. Aux retrouvailles et dans les débuts de leurs relations, les réactions de ses enfants étaient très bonnes. Par la suite, il y a eu des hauts et des bas, des froids et une distance s'est installée. Cependant, les soeurs de Mme Williamson accueillent sa fille à bras ouverts aux anniversaires, aux Fêtes, entre autres. Mme Williamson demeure à Calgary et est toujours dans une belle relation avec sa fille. Elles se téléphonent et se visitent.

En Alberta, en 2004, on a levé la confidentialité des dossiers du post-adoption. Par conséquent, il y a eu de nombreux dossiers à traiter, beaucoup de travail à effectuer, parfois sur une longue période de temps donc, elle a ouvert un centre holistique où elle fait du counseling, encourage d'autres mères d'origine à faire le saut et où elle les soutient dans leurs vécus. Elle a aussi un site bilingue sur la psychologie de la transformation, celle de l'adoption étant dans une classe à part. Voici l'adresse du lien pour s'y rendre: http://www.psyckeli.com/

Merci à Normay et merci à Mme Williamson pour son témoignage percutant. Merci pour le soutien technique de Jean-Paul, le bras droit de Normay et merci aussi pour la pièce musicale qu'il a choisie: « Si je n'ai rien de toi » (Céline Dion).

Merci au Mouvement Retrouvailles pour la commandite de l’émission. Si vous le désirez, vous pouvez vous procurer le livre de Normay St-Pierre, écrit en collaboration avec Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.

À la semaine prochaine!
Mère d’origine qui a retrouvé sa fille en 2003

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