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Émission "Loin des yeux, Près du coeur" - 15 décembre 2016 Imprimer cette page

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Loin des yeux, Près du coeur - Émission du 15 décembre 2016 -Mme Rosanne Paradis

En cette période des fêtes, Normay vous propose d'entendre à nouveau un témoignage d'une mère biologique qui a dû adopter son propre enfant après l'avoir eu avec elle pendant plusieurs années. Comme plusieurs mères célibataires de l'époque, Rosanne a vécu des situations difficiles, du jugement, de la manipulation, des mots blessants, etc. Envers et contre tous, Rosanne a réussi à garder son fils. Un beau témoignage à écouter et réécouter.

N'hésitez pas à partager.

Pour écouter l'émission :

VOTRE RÉSUMÉ

Mme Rosanne Paradis nous partage des pans de son passé plutôt difficile. En juin 1969, alors qu'elle venait de terminer ses études secondaires, elle est devenue enceinte, en septembre. Ses parents n'ont pas accepté « la chose ». Elle devait partir de chez ses parents pour aller à la Villa St-Michel mais au final, elle s'est cachée chez son frère, une bonne partie de sa grossesse, et à la fin, elle s'est cachée chez sa soeur. Elle ne pouvait pas s'« exposer », c'était inacceptable!

Ses parents, des gens extraordinaires, mais très catholiques, comme la majorité des Québécois du temps, d'une autre époque, n'acceptaient pas qu'elle « revienne avec un paquet » (un bébé hors des liens du mariage). Rosanne avait un emploi mais à cause de sa grossesse, on l'a congédiée. Démunie, n'ayant pas d'argent, on favorisait donc pour elle l'adoption. Il n'y avait pas d'aide sociale, non plus. Sa travailleuse sociale, comme beaucoup d'autres à l'époque, a tenté de l'influencer en lui disant qu'elle ne pourrait pas s'occuper de son bébé adéquatement et qu'aucun homme ne voudrait d'elle, avec un enfant. La compassion n'était pas au menu pour les mères-célibataires...

Au cours des années Peace & Love, la drogue circulait facilement et Rosanne en a consommé. Compte tenu qu'elle a su par la suite qu'elle était enceinte, elle a été angoissée tout au long de sa grossesse en pensant qu'elle aurait sans doute un enfant anormal et ne voulait pas dévoiler ce secret car on aurait eu un argument de plus pour lui faire faire adopter son poupon. S'il était anormal, elle se disait qu'elle le garderait craignant que personne ne voudrait l'adopter. S'il était normal, elle le confierait à l'adoption afin qu'il soit placé dans une famille qui pourrait en prendre bien soin, avec laquelle il aurait une plus belle vie et un environnement plus équilibré.

Lors de l'accouchement, Rosanne a refusé d'être anesthésiée, à l'éther, à l'époque, car elle voulait avoir conscience de tout ce qui se passerait avec son bébé. Le personnel médical n'avait pas vraiment beaucoup d'empathie pour elle. Elle paniquait car elle n'avait pas entendu son bébé pleurer. Tout se déroulait bien mais personne ne l'en informait pour faire baisser son anxiété. Elle est demeurée une semaine à la Miséricorde et pouvait voir son bébé à la pouponnière.

À sa sortie de l'hôpital, on revient à la charge pour savoir ce qu'elle avait décidé en rapport avec son bébé. À son congé, elle avait choisi de payer une pension et de l'emmener à la Crèche. Mais, malheureusement, il y avait une grève au sein des crèches et on avait demandé si certaines familles voulaient accueillir des bébés. La grève s'est terminée rapidement, au bout d'une semaine, et Rosanne a mis son enfant en pension à la Crèche St-François-d'Assise. Pension au montant de 10$/mois avec une preuve qu'elle avait bel et bien payé (permis de visite). Elle pouvait voir son fils et le prendre dans ses bras mais que les mercredis et les dimanches, pas plus de deux heures chaque fois.

Seule, sans bébé, elle va chez sa soeur où là, elle fait une obsession: peur qu'on donne son bébé, qu'on l'échappe, qu'on oublie de lui donner son biberon, bref on lui fait rencontrer un psychiatre qui, après deux semaines, lui dit d'aller chercher son enfant. Ses parents ne voulaient pas l'accueillir mais on a « frimé » la réalité, pour ne pas porter atteinte à la réputation de la famille, en disant qu'ils avaient accepté de prendre soin d'un bébé de la crèche (famille d'accueil).

Elle a fait baptiser (certificat de naissance) son fils avant de sortir de l'Hôpital de la Miséricorde. Pour faire avaler la pilule plus facilement, quoique tout vient qu'à se savoir, ses parents ont dit qu'ils avaient pris un enfant en accueil. Jeune, seule et sans moyens, elle se culpabilisait de vouloir « s'aérer les esprits », à l'occasion, parce que c'était beaucoup de responsabilités pour son jeune âge. Elle ne devait pas se plaindre, au fond, car elle était privilégiée, d'une certaine façon, d'avoir son fils à ses côtés. Elle se culpabilisait aussi pour les autres mères qui devaient faire adopter leur bébé. Elle est partie de chez ses parents alors que son fils avait presque 5 ans.

Rosanne, entre-temps, a « refait » sa vie et elle s'est mariée alors que son fils avait 7 ans. À ce moment-là, au Québec, son propre fils était considéré comme illégitime si elle décédait. Il n'aurait pas eu droit de faire partie des héritiers légaux sauf si Rosanne et son conjoint, tous deux, décidaient de l'adopter, au sens strict de la loi, ce qu'ils ont fait. Le jugement d'adoption standard a été rendu en 1979 au coût de 50,00$. Ça dépasse l'entendement, adopter son propre enfant naturel!

Au moment de l'adoption, au CSS (Centre des Services Sociaux), on lui a demandé des nouvelles de son fils et pourquoi pas un bilan financier, tant qu'à faire! C'était tout à fait maladroit, disgracieux, insultant et révoltant alors que tout au long des 7 années précédentes, personne n'était là pour lui tendre la main, ni vu ni connu, aucune aide ne lui avait été apportée. Elle a fait toute une colère à la travailleuse sociale qui a écopé, en fait, pour toutes ces années d'indifférence pour elle et pour son fils.

Rosanne a une bonne relation avec son fils, une belle complicité. Elle se dit quand même privilégiée d'avoir pu compter sur sa soeur. 42 ans plus tard, elle souffre encore pour les femmes qui ont dû confier leur enfant à l'adoption avec leur vie de secrets et de déchirements.

Le Mouvement Retrouvailles et l'émission Loin des yeux, près du coeur existent pour donner un coup de pouce, guider, diriger les adopté(e)s et les mères d'origine. On ne peut pas changer le passé mais on peut tenter de transformer le présent. Bien entendu, quand les mères d'origine font des recherches ou quand elles sont recherchées, c'est tout le passé qui remonte à la surface avec, en tête, le rejet, les préjugés, la honte, le déshonneur, la culpabilité, l'humiliation et le manque d'honnêteté subis quelques décennies auparavant.

En 2016-2017, il ne faut pas se priver du bonheur immense de retrouver son enfant, autres temps, autres moeurs. Le Mouvement Retrouvailles et les Centres jeunesse, entre autres, sont là pour aiguiller les mères , plus particulièrement âgées, et expliquer les étapes des recherches pour des retrouvailles éventuelles. Ce n'est pas évident mais il n'y a qu'elles qui peuvent savoir la douleur d'avoir eu un enfant et de ne pas savoir ce qu'il est devenu, comme un enfant «porté disparu » ou décédé mais pour lequel on ne peut pas faire de deuil... Il est temps qu'elles puissent ouvrir leurs coeurs et leurs bras et ne plus attendre car plus tard, ce sera peut être trop tard...

Merci à Normay et merci à Mme Paradis pour son témoignage émouvant. Malgré plusieurs embûches dans son parcours de vie, elle a su tenir tête aux autorités en place, courageusement, d'une manière déterminée.

Merci pour le soutien technique formidable de Jean-Paul, le bras droit de Normay et merci aussi pour la pièce musicale qu'il a choisie: « Avec toi » (Céline Dion). Merci au Mouvement Retrouvailles pour la commandite de l'émission.
Si vous le désirez, vous pouvez aussi vous procurer le livre de Normay St-Pierre, écrit en collaboration avec Pauline Gill, « Je vous ai tant cherchée » aux Éditions VLB.

À la semaine prochaine!
Marthe Charest
Mère d'origine qui a retrouvé sa fille en 2003

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