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Loin des yeux, Près du coeur - Émission du 24 mars 2016 Imprimer cette page

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Loin des yeux, Près du coeur - Votre émission du 24 mars 2016

Normay St-Pierre reçoit Mme Lucie Bourdeau, détentrice d'une maîtrise en counselling, psychologue et auteure. On discute post-retrouvailles.


Écoutez votre émission maintenant :


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Votre résumé de l'émission du 24 mars 2016

Invitée: Mme Lucie Bourdeau, auteure du livre Les retrouvailles en adoption :
Une quête de soi

Aujourd'hui, il sera question des post-retrouvailles qui ne sont pas que des contes de fées!

Les mères de naissance sont vieillissantes (pour la plupart âgées de 70 ans et plus), malades ou alors décédées. Souvent, des membres de la fratrie reprennent le flambeau pour la mère qui ne peut plus le faire.

Pour les post-retrouvailles avec la fratrie, la situation est plus compliquée quand la mère est décédée car les membres de cette nouvelle fratrie n'ont pas de contacts physiques avec leur mère, pour pouvoir lui parler directement à elle, pour connaître sa version des faits, savoir ce qui s'est réellement passé autrefois. Comme les informations passent par des intermédiaires, il se peut qu'elles soient « arrangées » ou filtrées n'étant pas les principaux concernés et ce, même avec la meilleure volonté qui soit.

C'est souvent un choc, une surprise car il n'y a pas d'échanges possibles avec la mère d'origine car elle est décédée. Dans certains cas, la fratrie se sent investie d'une mission à savoir celle de « remplacer » la mère ce qui est humainement impossible. Ce n'est pas non plus le rôle de la fratrie de le faire, s'il y a un sentiment d'obligation ou de devoir à accomplir.

On ne s'engage pas dans une nouvelle relation en créant des liens « forcés ». Il faut avoir viscéralement la volonté et le désir personnel de créer des liens car si la notion de devoir est au rendez-vous, c'est plutôt malsain. Il est évident qu'en parlant de leurs mères, de leurs vies à elles, les fratries offrent un beau cadeau à la personne retrouvée mais il n'en demeure pas moins que ce n'est pas leur mandat de le faire, si ce n'est pas leur souhait profond.
C'est toujours difficile de communiquer nos vrais besoins, nos vraies émotions, dans la vie, en général, avec des gens connus, donc, à plus forte raison, c'est un défi de taille quand les gens sont étrangers mais lorsque la mère est présente, c'est quand même différent.

Même avec la mère, au-delà des liens du sang, il doit y avoir les ingrédients nécessaires pour bâtir une relation harmonieuse avec son enfant car le contexte est très différent de celui d'avoir grandi auprès de lui. La reconnexion se fait à l'âge adulte et par conséquent, il manque des repères. La mère et l'enfant d'origine sont réunis, oui, mais quel type de relation sera donc à privilégier? Tous les paramètres seront à déterminer car les bagages de vie respectifs sont inconnus et manquants.

Un autre fait doit être souligné à savoir celui des inquiétudes qui seront amplifiées parce que la relation s'est brisée autrefois, une première fois, à la naissance, donc, la confiance est souvent ébranlée de peur de perdre à nouveau, ce qui génère beaucoup d'insécurité, de part et d'autre.

Certains individus se créent des scénarios, ne connaissent pas la personne à rencontrer mais pourtant avouent qu'ils l'aiment déjà et sont prêts à l'accueillir dans leur vie sans vraiment savoir, dans les faits réels, comment et s'ils vont s'attacher à cette personne et si un lien de complicité va s'installer.

Il faut attribuer un rôle à la mère d'origine retrouvée. Ce n'est pas le titre de « maman », celle de l'enfance qui a pris soin, élevé, éduqué l'enfant soit la mère adoptive. Les personnes adoptées adultes ne sont pas à l'aise, pour la plupart, car elles se sentent en conflit de loyauté et appellent donc leur mère retrouvée simplement par son prénom. « Maman » ne leur convient pas, majoritairement, et « madame » semble plutôt « froid » comme titre.

Les personnes adoptées attendent souvent le décès de leurs parents adoptifs pour entreprendre des démarches de recherches car elles auraient l'impression de les trahir avec leur mère biologique. Elles vivent, par conséquent, beaucoup d'anxiété quand elles font leur recherches du vivant de leurs parents adoptifs, (à part que s'ils sont d'accord) ce qui fait parfois qu'elles s'éloignent et même parfois se retirent complètement de la relation, devant marcher que trop souvent sur des oeufs...

Pour les parents adoptifs, c'est aussi difficile de voir leur enfant adulte établir une relation avec la mère d'origine car ils s'interrogent, d'une façon bien légitime, sur l'avenir de cette relation pour leur enfant et pour eux. Aura-t-elle un impact négatif sur leur relation d'avant?

Normay cite en exemple une travailleuse sociale qui avait deux enfants biologiques et un enfant adopté. Celui-ci a retrouvé sa mère et le matin des retrouvailles, en se regardant dans le miroir, elle s'est dit: « C'est vrai, mon fils est adoptif en voyant que ses traits n'étaient pas semblables aux siens. » Même s'ils sont « soutenants », ouverts, il y aura un changement dans la vie des parents adoptifs, une adaptation sera à faire. Si le lien avec l'adulte était bon avant la retrouvaille, ce ne sera qu'un plus qui consolidera par après leur lien. Si celui-ci n'était pas bon avant, il ne sera pas meilleur grâce aux retrouvailles. C'est un long processus qui « brasse » des émotions car certains parents ont dû faire le deuil d'avoir un enfant biologique. À l'époque de l'adoption, on leur disait qu'il n'y aurait aucun moyen pour que leur enfant retrouve leur mère de naissance grâce à la confidentialité des dossiers d'adoption.

La quête d'identité fait en sorte qu'en retrouvant l'autre, souvent, l'adopté(e) se retrouve aussi mais ça réveille de vieilles blessures, des cicatrices et des deuils et c'est un long processus pour se reconstruire.
L'enfant et la mère portent le rejet en eux. L'enfant vit la coupure, la séparation d'à sa naissance et la mère, elle, vit le rejet du père de l'enfant, de ses parents, de sa famille car dans les années '40, '50 et '60, on disait qu'elle était indigne d'avoir donné naissance à un bébé illégitime. La mère aura peur, par conséquent, d'aller à la recherche de son enfant, peur de sa réaction de colère et de son non pardon. Il lui est aussi difficile de reconnaître le geste posé il y a tant d'années auparavant. Les autres obstacles pour entamer des démarches sont le fameux secret gardé. Elle doit en informer son conjoint, ses enfants, s'il y a lieu, et alors affronter ses démons du passé. L'adopté(e) parle plus ouvertement de ses démarches alors que la mère n'en parle presque pas à part que si elle est accompagné par un(e) membre du Mouvement Retrouvailles qui l'aidera à verbaliser son vécu. C'est très libérateur de le faire; ça permet de boucler une boucle importante de sa vie et par la suite, étape par étape, elle réussira à en parler plus ouvertement avec les gens en qui elle a confiance.

Pour les mères comme pour les personnes adoptées, parfois, elles n'ont pas le goût de rencontrer l'autre, de savoir ce qui se passe dans sa vie car l'inconnu est insécurisant, ce n'est pas toujours rose, bref, c'est une réaction normale.
Chacun(e) doit se respecter en prenant sa place dans la relation, en sachant comment bien la doser, ni trop, ni trop peu, ce qui peut prendre des mois voire même des années, dans certains cas car débuter une relation dans une famille déjà établie, où chacun(e) a son rang, son histoire, ce n'est pas évident. Il faut user de beaucoup de diplomatie et de tact et y aller tout en douceur. Il y a aussi les craintes des mères adoptives et celles des mères d'origine à savoir de ne pas être à la hauteur de la situation. Les mères biologique se sont fait dire qu'elles n'étaient pas adéquates, ont accouché mais ont du se séparer de leur bébé et les mères adoptives, elles, souffrent de ne pas avoir pu donner naissance à un enfant naturellement (pour la grande majorité). Cependant, elles ressentent un malaise compte tenu qu'elles ont eu le grand bonheur de voir grandir leur enfant.

Chacune des retrouvailles est différente parce que les gens mis ensemble en relation sont différents. Parfois, il n'y a qu'une seule rencontre après avoir eu des réponses à des questions médicales, entre autres, et parfois elles sont dans l'anonymat. Pour d'autres, la fréquence est plus grande comme pour une relation amicale, complice. D'autres veulent privilégier des rencontres sur une base régulière, pour créer des liens familiaux. Le rythme et les attentes sont variables, selon les individus, et évoluent au fil des rencontres. Les relations s'intensifient ou s'espacent, selon certains événements qui surviennent ou selon comment les gens arrivent à communiquer leurs véritables intentions, émotions et la façon qu'ils choisissent pour pouvoir s'y adapter. On doit tout apprendre de l'autre et de sa vie. Les attentes doivent donc être claires, réalistes afin que les deux parties en présence se sentent à l'aise, confortables avec l'évolution de cette nouvelle relation. Au final, ce sont des étrangers qui doivent prendre le temps nécessaire d'apprivoiser et de découvrir l'autre comme ils le feraient dans une nouvelle relation avec un(e) ami(e) ou avec un conjoint(e). Ils apprennent des pans du passé de l'autre, au fur et à mesure qu'il veut bien se révéler, se laisser découvrir. Il en est de même avec une retrouvaille; on ne doit pas forcer la chose à cause des liens de sang qui ne sont pas une garantie de succès.

Merci à Normay et merci à Mme Lucie Bourdeau pour son entrevue très intéressante, à l'image de la conférence qu'elle présentera le 14 mai prochain, lors du Colloque du Mouvement Retrouvailles, à Lévis. Merci à Jean-Paul, le soutien technique de Normay et merci pour le choix judicieux de la chanson « Ma mère me disait » , composée par Gilles Dreu et interprétée par Dalida. Merci au Mouvement Retrouvailles pour la commandite de l'émission.

À la semaine prochaine!
Marthe Charest

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